Kinder Pingui

Plus je dors, plus je rêve. Plus je rêve, moins j’oublie. La douleur au creux de mes reins, les mouvements saccadés des tiens, les mouvements saccagés des miens, mon corps à la merci de tes mains. Tes va-et vient.

Moins j’oublie, plus j’ai mal. J’ai tellement souffert que la souffrance s’est distillée dans mes veines. J’étais jeune, j’étais agile. Mes parents diront un peu trop docile.

Le temps ne m’a pas soulagé. Ma sueur épouse encore la courbe de mon échine quand je les entends murmurer. Regard muselière, regard tsunami, regard guillotine.

Là où les cicatrices restent invisibles, les béances sont immuables. Elles m’ont englouti tout entier pour que jamais je n’oublie. Et moins j’oublie, moins je guéris. Moins j’oublie, plus je me maudis de n’avoir su dire que « oui ».

 

Comment s’affranchir de la honte d’avoir un jour accepté un Kinder Pingui ?

Je profite d’une accalmie, je requiers l’insomnie.

Jeunesse se passe

S’il faut que jeunesse se passe
Que voulez-vous que j’y fasse
Un rien nous tracasse
On s’enlace, on s’enlace.

S’il faut que jeunesse se passe
Que feriez-vous à ma place
Un rien nous fracasse
On s’enlace, on s’en lasse.

Comme une ancre (à ma cheville accrochée)

Tu parles d’une grâce que je n’ai pas. Tu parles d’un jeu que je ne joue pas. Tu parles… Trop. De toute façon, tu m’as pressé, alors je ne t’écoute plus. Je me couche, et tu te glisses sous mes paupières pour que je ne voie que par toi. Pour que je ne rêve que de toi. Et si tu crois pouvoir me cerner en épiant mes faits et zestes, tu me mets le doigt dans l’œil.

 

Cette nuit encore, tu m’éblouis de mille artifices. Et puis tu effeuilles l’iris. Tu m’aimes, un peu Je veux apprendre les coutumes de ton pays. Beaucoup Voguer sans cesse. Passionnément Et épouser les contours de ta géographie. A la folie Pour ton chant, Florence… Pour le chant d’une sirène. Pas du tout. Mais nous nageons en eaux troubles…

 

Et quand toi tu dérives, moi je me renverse. Tandem. Nous sommes un bateau qui a chaviré sitôt la lueur du crépuscule fanée. C’est comme une ancre jetée à la mer, à ma cheville accrochée. Elle m’enchaîne, me traîne, m’entraîne… Touché, coulé. Je sombre. Mais au fond, je sais que je ferai tout pour rester à flot. Que je ferai tout pour rester à Flo.